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Une tentative de bilan aux approches de la cinquantaine… Votre aide est souhaitée! Allez-y franco, je suis – ou me crois – invexable.

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Mardi 8 août 2006
Une fin lamentablement banale. Après son Bac (mention TB), un avortement clandestin et un juillet de séparation, nous partîmes vadrouiller tout août en Italie – sous tente, car je n'avais plus un rond, et je préfère omettre ce motif de discorde, dont il n'a jamais été fait état. La destination était mal choisie : nous n'aimions ni l'un ni l'autre la chaleur ni la foule; mais je jouais perdant, tout en voulant croire à la durée, et espérais, dans l'esprit de Nadège, associer "Alain S." aux lieux magiques qu'elle aurait découverts en sa compagnie, et dont l'Italie est plus fertile qu'aucun autre pays… sauf la France, peut-être, mais la distance manque pour en juger.
Nous nous querellâmes somme toute assez peu pendant cette virée : pas plus de trois ou quatre fois par semaine. Mais les élans d'union étaient, eux aussi, attiédis : nous devenions un couple, d'accord sur presque tout, mais sans surprise. Aucun étranger n'aurait pu comprendre nos échanges, mais ils nous apparaissaient banals, et, dix fois le jour, ma pensée volait vers une mignonne touriste à peine entrevue, avec qui tout était à faire : je suppose que ma mie n'était pas en reste, mais nous étions aussi jaloux l'un que l'autre : tromper, pas de problème, pour personne. Mais être trompé, ah non!
L'avorteur lui avait conseillé deux mois d'abstinence, et nous ne suivîmes pas son conseil trois jours; mais des irritations obligèrent Nadège à consulter, dans un minuscule hôpital, et les entorses à la chasteté se firent rares. Ça fait m'as-tu-vu, mais c'est la vérité : elle semblait en souffrir plus que moi.
Le plus grave, je crois, c'est que le camping sauvage nous contraignait à adopter mes rythmes : lever vers 5 heures du mat, et trois heures bénies, sans un autre touriste : seuls au Colisée! à Assise! à Agrigente! Ça lui plaisait aussi; mais nettement moins de se coucher avec les poules, à l'heure où la "vraie vie" commence, dans les boîtes et les troquets. Elle roupillait dans la bagnole, pendant que je conduisais, et le soir, elle était d'une vitalité d'enfer, qui fut bien rarement satisfaite, et au prix de mauvaises nuits : car il est ardu de trouver un bon coin dans l'obscurité.
Ce qui me fut fatal, peut-être (cf. plus tard) ce fut de laisser entrevoir à quel point j'étais peu débrouillard : sur ce plan, cinquante voyages ne m'ont rien appris. Les commerçants me carottent, on me resquille dans les queues, s'il y a un seul connard debout dans le bus ou le bateau, c'est mézig, et je ne faisais même pas l'effort de le cacher, car j'étais crevé à plein temps, ne dormant pour ainsi dire pas. De plus, je suis nul à chier en langues, et Nadège, qui en parlait quatre à la perfection (elle apprendrait plus tard l'italien, atteignant en trois mois à une maîtrise qu'en quarante ans je suis loin d'avoir égalée) se payait la tronche de mon accent à longueur de jour. Je me souviens d'une scène honteuse dans une banque, à Milazzo, où je ne réussis pas à changer du pognon, et sortis presque en sanglots : elle s'en chargea, et c'en fut fait en cinq secs. Et peu à peu elle se chargea de TOUT le struggle for life : je crois que ça l'a marquée, qu'on ne puisse pas s'appuyer sur moi.
Mais je ne sais pas pourquoi j'insiste sur ce voyage, puisqu'il fut suivi de lettres et de coups de fil enamourés. Ce qui a joué surtout, c'est le tout bête "loin des yeux, loin du cœur" et sans doute la richesse unilatérale du choix. Elle se retrouva à la rentrée à Paris, inscrite par inadvertance en khâgne "scientifique", avec maths, où elle était piètre, et sciences éco, dont elle ignorait tout. Or l'émulation, loin de la stimuler, la terrassait. Et je ne pouvais lui être d'aucun secours! Au contraire, je lui bouffais du temps, en montant chaque week-end partager sa chambrette. Sans moi, elle n'aurait pas bossé davantage, je présume; mais je me sentais coupable. Et de plus en plus importun. Et complètement épuisé : je ne fichais plus rien. Personne ne voyait la différence, mais quand même.
J'espaçai aux quinzaines : elle n'attendait que ça, je pense. Nos vacances de la Toussaint ne concordaient pas, et je pris sur moi de n'y pas aller. Elle aussi "prit sur elle"… Hum! On était déjà dans le rouge. Je lui écrivais trois ou quatre tartines par semaine, et les réponses étaient de plus en plus rares et courtes. Je me demande même si elle lisait tout. Je n'osais plus téléphoner, après deux ou trois impressions très nettes de déranger. Et je lui reprochais sans cesse de m'oublier, ce qui est le premier truc à éviter.
Elle changeait, se détachait. Elle me parlait de "mon système", sans pouvoir en préciser les limites, mais comme s'il n'avait pas été le sien, s'il n'avait pas été une simple recherche de la vérité. Marginalisée par un carton (ils pleuvaient dru) elle me revenait; mais un éloge, une bonne note me l'aliénaient : en somme c'était moi ou les autres; et elle ne se rabattait sur moi que si la réussite sociale se dérobait.
Les corps! Les corps, merde! Je ne tutoie pas les anges, mais reste persuadé que l'essentiel n'était pas là. Me fut-elle fidèle trois jours? Jusqu'à la Toussaint? Noël? Les revenez-y tendres provenaient peut-être de déceptions apportées par les autres. De toute façon, je ne voulais pas confisquer sa jeunesse, et je SAVAIS qu'il fallait d'abord la perdre, et qu'elle jetât sa gourme, si je voulais la retrouver un jour – très improbable au demeurant. Je regardais photos et lettres, et me persuadais que même fini, c'était très beau… mais remettais opiniâtrement la rupture au lendemain, comprenant bien, pourtant, qu'elle serait dix fois moins douloureuse si j'opérais moi-même.
Le pire, c'est que nos revoirs n'étaient pas rayonnants. Nous passâmes Noël ensemble à Porquerolles, et elle m'exaspéra presque tous les jours. Je ne sentais plus mon amour que de loin. J'étais arrivé au second stade de la chnouf, où le plaisir à fui, et où il ne reste plus que le manque.
Par Alain - Publié dans : Nadège
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Commentaires

Enfin !
Commentaire n°1 posté par Perfide le 10/08/2006 à 15h34
Tu boudes… mais avec des éclipses?
Réponse de Alain le 11/08/2006 à 06h31

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