Et merde, ça remarche. Strictement impossible hier d'accéder à mon blog "de l'intérieur" : j'avais conclu à une "amélioration" qui, comme il en va neuf fois sur dix, se serait traduite par une dégradation, pour moi qui surfe encore à bas débit
Successivement eBay et ma banque m'ont fait le coup, ça fonctionnait à merveille, et du jour au lendemain je n'ai plus pu accéder aux "transactions sécurisées" ni à mes comptes. En ce domaine, mon inertie est effrayante : est-ce qu'au moins quand mon courrier sera devenu inaccessible, je me remuerai un peu le popotin? Mais "en ce domaine" est trop restrictif : cf. ce que je disais de ma mesquinerie, il me semble bien qu'EN TOUT DOMAINE je suis incapable de prendre une décsion, d'effectuer un vrai changement, à moins d'y être absolument contraint. S'il y a des fuites dans le toit, je suis homme à tapisser le grenier de bassines jusqu'à ce qu'on n'y puisse plus faire un pas. Et s'il y a des trous dans ma Weltanschauung? On ne peut pas dire qu'elle soit très protectrice, elle non plus
Un peu désemparé de voir cet exutoire se dérober. Mais c'était plutôt une délivrance. Il faut le voir en face : ce pensum quotidien n'a aucun sens. Ça ne me fait pas ombre de bien de parler en ligne plutôt qu'à mon bonnet, dès lors que l'Autre ne se manifeste que par des chiffres, qui pis est fort bas. Et, soyons sérieux, qu'espérer de lui? À se demander si, trop radin pour payer un psy, je ne me pointe pas sur Internet pour solliciter des diagnostics! Mais pourquoi se le demander? C'est exactement ce que je fais! Persuadé, avec raison, qu'aucun de nous n'a une vision d'ensemble de son propre cas, qui crève les yeux du premier venu. Seulement, "premier venu", c'est beaucoup trop dire, les idiots et les indifférents occupent tout le terrain. Fatalitas fatalitatum : la perspicacité s'accompagne nécessairement du doute. Pour quelle raison un sagace, passant par ici, irait-il donc prendre le risque de l'erreur et du ridicule en formulant son avis? Seuls osent ceux qui ne doutent pas d'eux-mêmes; ceux dont la parole serait précieuse choisissent le silence
J'avais d'Internet une vision utopique : l'anonymat me paraissait favoriser l'authenticité. De blog à blog, j'aurais souhaité le type de relation qu'on peut avoir dans un cabaret enfumé avec un inconnu qu'on ne reverra jamais, et avec qui l'on en profite pour se vidanger l'âme. Vision sotte, puisque déjà la loi faisait obstacle : les confidences ne se déposent pas dans le creux d'une oreille, elles ne sont protégées que par l'indifférence, et "signaler un abus" menace comme l'épée de Damoclès : il y a autant de mouchards en France, et aussi sûrs de leur bon droit, que dans l'Allemagne nazie ou l'URSS de Staline. Mais bon, je n'avais ni assassinat ni opinion trop déviante à confesser. Ce que je n'avais pas su prévoir, c'est le règne de la "parole positive" et des mondanités. Mais n'est-ce pas tout simple? Soit "les gens" pensent vraiment les âneries qu'ils distillent, soit ils font profil bas pour préserver la possibilité de relations charnelles : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. En fait, rien n'est plus rare ici que l'aspiration à se comprendre et à changer. J'avais cru ne rencontrer qu'elle, c'est-à-dire une jumelle de la mienne, et au fond je ne suis tombé que sur un Meetic hypocrite.
Du reste, j'en avais eu maint écho : la chose est connue, on ne trouve pas l'âme-sur sur le ouaibe, j'entends bien l'âme! On s'apprête, on se farde, on se pomponne, on joue la parade nuptiale. Et l'on lâche pour l'ombre la proie de relations authentiques et le risque d'être rejeté. Le raccourci ne mène nulle part, ou éventuellement à une de ces étreintes qui n'unissent que deux corps et deux comédies. Autant se branler.
Hier, un peu déstabilisé par cet over-blog qui refusait de s'afficher, j'ai remis le nez dans le programme du festival, et m'y suis pointé à midi pour écouter une soprano japonaise, pas très jolie, mais éblouissante dans "les berceaux" de Fauré, des mélodies de Yoshinao Nakada, et surtout quelques passages de Madame Butterfly. Comme ma voisine était très émue, elle aussi, et applaudissait à se coller un panaris, la conversation s'est nouée d'elle-même, par quelques banalités dont bruissait toute la salle : routine. L'étrange, c'est qu'une heure plus tard, et sous un soleil cruel, nous y étions encore, et ne parvenions pas à nous séparer. Étrange parce que je suis rien moins que séduisant physiquement, et qu'elle-même est un vieux tableau qui n'a pas loin de mon âge, à vue de nez : une rencontre sur l'oreiller ne m'attire pas du tout. Mais il se trouve que nos expériences de la vie étaient fort proches, et que ce que je recherche en vain ici, j'ai été tout étonné de le trouver là-bas. Elle ne m'a rien APPRIS, et vice-versa sans doute, mais parler du suicide, de l'inanité des voyages, de la décadence de l'enseignement et de la France paralysée par le copinage, de plain-pied avec une parfaite inconnue, constater que deux allusions sur trois étaient captées, et que la troisième faisait l'objet d'une demande d'éclaircissement, m'a jeté dans une telle euphorie que je vais y retourner ce matin, bien que le programme ne m'enchante pas, rien que pour la revoir, en espérant trouver l'audace de lui glisser mon numéro! Pas encore mûr pour l'érémitisme, dirait-on
Dire que nous aurions pu échanger quelques ronds-de-bouche festivaliers, et en rester là, chacun se retirant avec "Quel con!" ou "Quelle mémère!" dans l'occiput
Trop espérer des gens fait mal; mais rien n'est plus sot que de désespérer d'eux avant qu'ils n'aient fait leurs preuves.
Commentaires