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Une tentative de bilan aux approches de la cinquantaine… Votre aide est souhaitée! Allez-y franco, je suis – ou me crois – invexable.

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Mardi 25 juillet 2006
En une semaine, mon lectorat a glorieusement dégringolé de 22 à 5 individus. Je n'en fais certes pas un drame, mais néanmoins je m'interroge, et d'autant plus que ces individus-là, j'étais allé les racoler un à un. Quoi donc les a mis en fuite? Ma prétention de me loger dans le dixième le moins bête de la population? L'image de pédophile-gourou-manipulateur que laissent les premiers épisodes de mon aventure avec Nadège? Ou simplement l'ennui procuré par cette narration, qui ne serait colorée d'émotion que pour son auteur? Évidemment il serait déplacé de poser la question à "ceux qui restent", et qui peut-être auront disparu demain. Je ne fais pas un tel cas de l'opinion de gens qui semblent sucer avec délices des histoires meethiques parfaitement sordides, et je pourrais me dire qu'il y a tout bonnement trop à lire ici, que ma prose n'est pas des plus accessibles, et que de toute façon l'on ne s'intéresse qu'à soi et aux "retours". Ça ne me satisfait pas vraiment, car ce n'est pas la première fois qu'on me trouve antipathique, et cette réaction de dégoût n'est nullement réservée aux minus habentes. Je n'ai pour ainsi dire pas d'amis, et je doute même que le mot "amitié" ait grand sens : je demande à en voir une, une seule, assez solide pour ne pas céder à la moindre rivalité pour un jupon. N'empêche qu'un tas de gens gardent toute la vie leurs "amis d'enfance", et qu'avoir beaucoup bourlingué ne suffit pas à expliquer que les miens aient tous disparu. En famille, je passe pour un amuseur, et l'on me supporte aux fêtes; mais ni mes parents ni mes frères et sœurs ne paraissent très à l'aise en ma compagnie : pourquoi? Je ne puis incriminer ici ma propension à dire la vérité, et à la confondre avec les vacheries, puisqu'avec mes vieux au moins j'y ai renoncé depuis longtemps. Alors quoi? Où est le lézard? Est-ce qu'ils sentent, tout simplement, que je ne les aime pas? Problème de poule et d'œuf, car ils ne m'aiment pas non plus, et qui a commencé? Il se trouve que je suis l'aîné, et que je ne me suis jamais délivré du sentiment d'avoir été mis à la poubelle, avec mon œil crevé : un coup pour rien, on recommence! Et mon cadet, le chouchou, de naître moins d'un an plus tard, et de voir s'étaler devant lui une carrière de premier de la classe (en tout sauf en gym et en dessin) : ses résultats mirobolants m'ont talonné pendant toute ma médiocre scolarité; après quoi, jolie femme, agréable progéniture, opinions irréprochablement ordinaires à tout sujet… J'ai certainement développé une rancune contre lui, qui s'exprimait occasionnellement en raclées, durement châtiées, car le bougre mouchardait beaucoup. Mais c'est de la petite histoire ancienne, il y a des lustres que je me suis purgé de toute trace de ressentiment, et que lorsque je rappelle qu'il bouffait tout le blanc du poulet, c'est juste pour faire rire une tablée; possible qu'il ne soit pas autant que moi détaché du passé, et qu'une certaine méfiance veille à l'égard d'un ex-persécuteur. Quant à mes deux sœurs et au benjamin, ils sont beaucoup plus jeunes, et tant que j'ai pu les guider, les aider, les protéger, ils me sont restés chers. À présent qu'ils s'échelonnent entre trente et trente-cinq ans, la tutelle ne serait plus de saison, et l'on peut comprendre que le souvenir leur en soit pénible? Au fond, seuls les enfants aiment ma compagnie, et je n'aime que la leur : c'est courant, dans les repas de famille, qu'ils me coupent le café-cigare en pleine tirade : "Alain, tu viens?" – construire une cabane, tailler arcs et flèches, jouer à quelque jeu de rôles parfaitement niais, un peu humilié d'avoir statut de môme à quarante balais bien sonnés, pas vraiment "heureux" avec eux, puisqu'il faut jouer la comédie, mais enchanté tout de même qu'il y ait une demande, alors que celle des adultes est à peu près nulle.
On ne peut pas se prévaloir de l'affection des gosses. On a beau dire que la vérité sort de leur bouche, ils ne SAVENT PAS. J'ai fait plus de cent fois cette expérience accablante, de reprises de contact d'anciens élèves (masculin : il y a quand même un mec sur cinq environ) qui, qu'une liaison tendre se noue ou non, tourne immanquablement en eau de boudin en moins d'un an. On dirait qu'il est impossible à un adulte de garder des relations avec moi, qu'elles soient charnelles, amicales ou simplement épistolaires. Et le plus étrange, alors qu'écrire est à peu près tout ce que je sais faire, c'est que ce sont les pures correspondances qui capotent le plus vite, comme si l'écrit était un meilleur véhicule de rupture que l'oral, et l'oral que les gestes. En février dernier, j'ai reçu une lettre étonnante, non pas en soi, mais d'être calligraphiée à trois exemplaires, les deux autres étant destinés aux deux homonymes que j'ai dans l'hexagone : Emmanuelle m'avait subi à quatorze ans, pendant la seule année de quatrième, avait gardé ma statue sur l'autel, et, vingt ans plus tard, mariée, mère, et prof de lettres, partait à ma recherche : quelle démarche pouvait m'aller plus droit au cœur? Or, trois mois, 200 courriels et quelques querelles plus tard, elle rompait sans explication, et sans même que nous nous fussions revus. L'avais-je taxée de sottise une fois de trop? Mais je ne lui ménageais pas non plus les compliments, de fait si ses idées me paraissaient courtes et triviales, j'admirais son style, faisais profit de son expérience, et ce n'est tout de même pas d'un flagorneur qu'elle s'était mise en quête… De toute façon, j'attendais ce dénouement : il ne manque JAMAIS.
Alors quoi? Je me contorsionne en vain pour apercevoir "la tache dans le dos". Je suis tout prêt à m'accepter imbuvable, même inguérissablement. Mais c'est quand même taonnant qu'on ne m'articule pas de raisons, ou futiles, et jamais les mêmes. Bien que les ruptures soient rarement de mon fait, la simple loi du nombre suffit à m'en rendre responsable. Mais pourquoi? Quel est mon crime, mon délit ou ma tare? Serais-je à mon insu incapable de supporter des relations égalitaires? Est-ce la posture de prof qui désoblige et met en fuite? Est-ce que je ne sollicite des leçons que pour en donner? Je n'en ai pourtant pas l'impression.
Par Alain - Publié dans : egomet
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