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Une tentative de bilan aux approches de la cinquantaine… Votre aide est souhaitée! Allez-y franco, je suis – ou me crois – invexable.

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Mardi 4 juillet 2006
Tout de même, ça me fait drôle, ce tapis qui se déroule devant moi : deux mois de solitude, pour essayer de me voir tel quel, et de prendre "les bonnes décisions". Aucune idée de ce qu'elles pourraient bien être, et surtout une marge de manœuvre des plus réduites. Changer de métier, j'aurais du mal : je ne sais rien faire. J'ai un peu de fric à gauche, mais certes pas de quoi vivre dans l'"utile otium" jusqu'à la fin de mes jours, à moins qu'elle ne survienne rapidement. Et en somme je suis esclave de mon boulot, un boulot auquel je ne crois plus depuis belle lurette, bien que je persiste à lui consacrer des 60 ou 70 heures par semaine en période ouvrée. Casser la prétendue fatalité du célibat, et me mettre à procréer à l'âge où je pourrais être grand'père? Trois ou quatre fois, cinq ou six peut-être, cela n'a dépendu que de moi, et je me suis dérobé, effrayé de "placer" le reste de ma vie sur un sentiment contingent, de me contenter d'un pis-aller, alors qu'en attendant un peu je pouvais espérer de faire LA rencontre précieuse, celle qui présenterait la face (fallacieuse?) de la nécessité et du "destin", et mériterait enfin l'article défini… Le problème, c'est que les femmes que j'ai "vraiment aimées" ne m'ont considéré que comme une étape, ou ne m'ont pas considéré du tout, et que celles qui se sentaient prêtes à tenter l'aventure du définitif, ou tout au moins de la durée, me sont toutes apparues comme une préfiguration du caveau… "Pas de chance" aurait bon dos, et supposerait une perception fixe des êtres; or, pourrais-je jurer qu'en quelques occasions je n'aie pas été mis en fuite par le dévoilement même d'un désir de durée chez ma partenaire, qui aurait empêché le mien d'éclore? Avec Nadège, avec Sylvie, n'ai-je pas caressé l'espoir de "fonder un foyer"? Et quand, ce même espoir, ce sont elles qui lui ont donné jour, l'une avec bien des réticences, l'autre résolument, ne me suis-je pas empressé de leur trouver des défauts rédhiibitoires, par simple terreur de m'engager? Il faudra examiner cela, mais il n'y a pas urgence, c'est de l'histoire ancienne. Le quotidien, depuis quelques années, c'est un chapelet de filles trop jeunes, mes anciennes élèves et parfois leurs amies, que je n'ai pas le sentiment de léser en échangeant pour un mois, six ou douze, leur jeunesse contre des attentions, des voyages, des petits déjs au lit, une douceur et une tendresse qu'elles eussent difficilement trouvés chez un galopin de leur âge (sans compter la rédaction de leurs mémoires de maîtrise!) mais il me semblerait ignoble d'emprisonner un tendron, en profitant d'amours passagères pour faire de lui une mère de famille prématurée. Ne jouons pas les vertueux : ce n'est pas en soi la malpropreté du procédé qui me choque, mais qu'elles s'en rendraient compte plus tard, et m'en mépriseraient; et courraient au pourchas de leur jeunesse, sous l'œil bienveillant de la foule : moi-même, quand je vois un L. porter une forêt de cornes et trouver chez lui, en guise de repos domestique, le chapiteau du cirque Pinder, toute compassion avorte, et je ne puis tirer de moi qu'un "Bien fait pour ce vieux saligaud! Avait qu'à pas!" Du reste, quand je me promène avec une compagne de vingt ans ma cadette, je suis de plus en plus sensible au blâme secret des passants… et le suppose peut-être, parce que quelque part je le sens justifié.
Pas de mélo, de grâce! D'abord, je ne suis pas malheureux. Ensuite, il y a toujours quelque chose à regretter dans la vie, dès lors qu'elle est une vie, et pas toutes les vies possibles : et tant qu'à déplorer quelque chose, mieux vaut que ce soit mes inaccomplissements seuls que, par dessus le marché, les frustrations d'une épouse et le malaise d'enfants qui m'auraient peut-être fatigué très vite, et auxquels j'aurais bien été capable de reprocher sourdement de me pomper mon temps et mes finances, de faire avorter les "grands projets" que j'aurais pu réaliser sans eux! Mieux vaut pour ces pauvres gamins de n'être pas nés, si toutefois ça présente un sens de comparer l'être au néant. N'empêche que mon bilan personnel, il ne me semble pas le truquer, en dénonçant, derrière ces voyages, ces liaisons éphémères, ce travail excessif (combien d'élèves les lisent donc, mes annotations interminables?) tout ce papillonnage frénétique, le REFUS DE VIVRE, de prendre UNE des pistes qui s'ouvraient devant moi : je n'ai fait qu'hésiter, que piétiner au carrefour, paralysé par la contingence, et, "nel mezzo del camin di vita nostra" je ne suis pas plus avancé qu'à 17 ans.
Par Alain - Publié dans : egomet
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Lundi 3 juillet 2006
Un "journal intime" en ligne, à première vue, ça semble contradictoire, et je ne suis assurément pas le premier à le penser ni à l'écrire. Déjà tous ceux qu'on a publiés du vivant de leurs auteurs me sont infiniment suspects, il me paraît clair qu'on ne peut pas croire sur parole un Gide ou un Green, qu'ils parlent d'eux-mêmes ou des autres. Ne me fascineraient que les journaux destinés à demeurer secrets, mais ils y ont sans doute si bien réussi qu'à de très rares exceptions près (Léautaud, peut-être, Drieu la Rochelle, un peu Kafka… et ceux que je n'ai pas ouverts) tous ceux qui nous sont donnés à lire se campent dans des attitudes, et non seulement leurs auteurs se font mille illusions flatteuses sur leur essence, mais ils mentent d'abondance sur les faits. C'est pour moi une source de stupéfaction toujours renouvelée qu'on puisse à la fois se trouver généreux, intuitif, tolérant, courageux, et constamment tripatouiller le réel pour en donner l'impression aux autres. J'ai une collègue qui "emprunte" strictement tout ce qu'elle présente à ses élèves comme "son travail", et cela ne me choquerait nullement, si elle se savait mystificatrice; mais non : j'ignore comment elle s'arrange du vécu, mais elle parvient, en plagiant sans cesse, à se croire créative, et quand d'aventure c'est à moi qu'elle a fauché quelque corrigé, et qu'elle s'en pare, je suis en proie à une gêne horrible, celle qui vous étreint face à la folie. Tel autre est le plus radin des hommes, son porte-lazagne pèse un quintal face aux consos, et j'ai la chair de poule quand il nous explique posément qu'il a évité une escale à Las Vegas, de peur d'y perdre sa chemise, attendu sa propension à la flambe. Et ne parlons pas de tous ces devins d'opérette, qui ont toujours tout prévu, mais après l'événement. Qu'on puisse à la fois se connaître et s'ignorer, ça me dépasse, et je suis au moins rassuré quand je peux opter entre le mensonge et l'illusion : qu'on arrive à mener les deux de front porte la contradiction au cœur de l'être, et m'épouvante.
La publication, il est vrai, simplifie le problème, et l'on est en droit, dès lors que quelqu'un SE PRÉSENTE si différent de ce qu'il est, de penser qu'il ment OU s'illusionne, au choix. Qu'il évite les deux, voilà qui est rarissime. J'ai vu quelques blogs y parvenir, et la démarche m'a intéressé. Certes la pure entreprise de se connaître est viciée dès qu'on se montre, mais à la rigueur l'incognito strict peut la sauver. Le blogger anonyme, mutatis mutandis, se retrouve dans la situation d'un romancier qui se décrirait sans complaisance, mais sous les traits d'un personnage, donc sans encourir personnellement le blâme attaché à ses turpitudes. Comme écrivait Flaubert d'Hamilcar, 'je ne suis pas chargé de son panégyrique". Raison pour quoi il y a plus de dévoilements à espérer du "mentir-vrai" de la fiction que des prétendus aveux à la première personne, s'ils sont signés. Comme disait Proust à Gide : "Vous pouvez tout dire, mais à condition de ne jamais dire JE." De fait, Charlus narrateur n'aurait jamais osé se décrire dans le bordel de Jupien.
La première condition de la sincérité, c'est donc de ne donner mon adresse à personne; quant au risque d'être reconnu, je le crois infime, si je change les noms propres. Et comme je n'ai rien à confesser qui ait contrevenu à la loi, mais seulement des vilenies tout à fait privées, je ne cours pas le risque d'être démasqué par décision de justice. Reste à savoir pourquoi m'exhiber ainsi, au lieu de mener cet effort de connaissance en tête-à-tête avec moi-même; et la réponse est simple : c'est qu'on peut me lire, donc éventuellement me porter secours. Je m'aperçois bien, aux effets, que je n'ai à peu près commis que des erreurs dans la vie; mais, manquant de recul, j'ignore QUELLES erreurs, ou suis réduit aux conjectures. Je suis aveugle aux tares qui ne font qu'un avec ma personnalité, et qui affectent le regard que je porte sur moi-même – à ces défauts précis qu'un observateur extérieur, même doté d'une perspicacité très moyenne, distinguera en premier! Encore faut-il qu'il ait le désir de m'aider, comme je l'invite à le faire, et de grâce, sans prendre de gants; encore faut-il au préalable que je sois lu, ce qui ne va pas de soi : je soupçonne 99 blogs sur 100 de s'enfoncer dans les ténèbres sans avoir jamais reçu la moindre visite. Mais ça ne coûte rien d'essayer.
Par Alain - Publié dans : egomet
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