Dimanche 9 juillet 2006
À l'heure qu'il est, je devrais être en train de parcourir l'Islande pedibus cum jambis, et je me demande encore si ce n'est pas devant cette corvée qu'a reculé Liu. On s'entendait plutôt bien en voyage, pourtant, si j'en juge par le seul qu'on ait fait ensemble, à Pâques, en Italie. Elle avait une fraîcheur de regard qui me plaisait beaucoup, un imprévu, une manière tout enfantine de faire fi du prix et de la réputation des choses pour s'extasier d'un ciel, d'une brise, d'un panino ou d'un troupeau de vaches ce qui lui permettait, du même coup, de s'émanciper de mon emprise. Qu'est-ce qu'elle a pu se raser au forum, en dépit (ou à cause) de mes pédantes explications! En revanche, je ne crois pas qu'elle ait feint de s'emballer pour Vernazza ou pour les mostri de Bomarzo, qui ne sont pourtant pas bezeff en soi, et valent surtout par l'évocation des orgies sadiques auxquelles ils servirent probablement de décor
J'étais un peu moins fan de sa propension à faire l'amour dans les lieux publics, tout spécialement dans les églises ou au sommet des campaniles, comme si elle n'était excitée que par l'idée du sacrilège ou par le risque de se faire pécho, qui, je dois l'avouer, me recroquevillait plutôt l'arme du crime. Un mec, et qui pis est un vieux birbe, se sent obligé de renchérir sur ce genre de proposition, mais j'aurais préféré essayer toutes les figures de l'Arétin derrière les murs des chambres d'hôtel, et il faut voir en face que, sans la menace d'un public et d'un châtiment, le déduit intéressait infiniment moins ma mie, voire pas du tout : je doute encore qu'elle ait connu la saveur d'un orgasme, avec, et même sans moi.
Ce n'est pas toujours le pied de se balader avec un tendron agréable à regarder, surtout dans des viviers à dragueurs comme l'Italie, et quand on n'est pas bâti comme Schwartzenegger. J'ai réussi à atteindre un âge canonique sans faire le coup de poing qu'une seule fois et je me suis fait casser la gueule, par un adversaire d'aspect plutôt ringard. J'ai mis du mercurochrome sur mes plaies, et n'ai pas eu à panser mon honneur, car si tant est que j'en aie un, je ne le place dans mon "invincible bras". Tout au plus puis-je me féliciter de n'avoir jamais su où me procurer un flingue, car ce jour-là il aurait assurément aboyé, et j'aurais tâté de la paille humide. À l'ordinaire je m'en tire au baratin ("Se taper dessus? On n'est pas des bêtes! Parlons encore, ce n'est qu'un malentendu" ), céde le trottoir à la racaille d'aussi loin que je la vois arriver, craignant peu les affronts, d'ailleurs, dans la mesure où je fais plus pitié qu'envie. J'ai déambulé dans tous les quartiers chauds au plus noir de la nuit, chez les Gitans de Perpignan ou dans les cimetières du Caire, sans essuyer pire que quelques quolibets au passage, dont j'affectais de rire. SEUL. Mais dès qu'y a nana, et gironde, l'agressivité masculine (pléonasme!) est multipliée par cent. Et par mille si la poulette est considérée comme trop jeune pour le verrat qui chemine en sa compagnie, même sans la tripoter le moins du monde : MM. les Loubards ont leur morale, plutôt classique. Ils ont donc tendance à multiplier les provocations pour faire comprendre à la jouvencelle quel piètre protecteur elle s'est choisi, et à quel point elle serait mieux avec eux. Le viol brille dans leur prunelle, le verbe vole bas, et parfois le geste suit. J'ai connu de jeunes mariés qui, en Turquie, s'étaient fait violer tous deux par une bande; la femme avait assez vite repris le dessus, mais le type était effondré, et le couple n'y a pas survécu. Cette expérience m'a été épargnée (je n'ai rencontré que des Turcs charmants et hospitaliers les mêmes, qui sait?) : je n'ai pas connu pire que l'échange d'invectives, et l'humiliation de décrocher. Humilliation qui m'aurait été légère, sans ma compagne : car voici le vicelard : elle vous y expose (bien malgré elle, la pauvre) et, par son regard SUPPOSÉ, CRÉE l'humiliation.
Je ne suis pas certain qu'une femme exige toujours d'un homme "qu'avec lui, comme disait Brigitte Bardot, on se sente protégée". Mais je sais qu'il n'en est aucune avec qui je n'aie senti peser sur moi cette exigence, et la douloureuse incapacité d'y faire face. Je n'ai jamais frimé sur ce plan, et comment l'aurais-je pu, avec mes 60 kgs tout mouillé pour 1m75? Aller perdre mon temps au karaté ou à la boxe thaïlandaise? Les sauvages au front bas en ont beaucoup plus à perdre que moi, tout loisir de creuser l'écart. Cette maîtrise à la John Wayne, Jean Gabin ou Toshiro Mifune, c'est du pipeau pour troupeau de moutons, qui se fantasment tout-puissants le temps du film de 21 heures, et dont une rame de cinquante se fait dévaliser dans le métro par un seul gars armé d'un canif rouillé. Je SAIS que c'est idiot; n'empêche que je ne suis pas à l'aise en galante compagnie quand "le soir tombe sur la ville", et que ça explique pour une large part ma propension à fuir les boîtes et à traîner les filles, loin des agressions et de la concurrence, sur des sentiers de montagne où elles crachent leurs poumons et s'étiolent d'ennui
Ce n'est pas toujours le pied de se balader avec un tendron agréable à regarder, surtout dans des viviers à dragueurs comme l'Italie, et quand on n'est pas bâti comme Schwartzenegger. J'ai réussi à atteindre un âge canonique sans faire le coup de poing qu'une seule fois et je me suis fait casser la gueule, par un adversaire d'aspect plutôt ringard. J'ai mis du mercurochrome sur mes plaies, et n'ai pas eu à panser mon honneur, car si tant est que j'en aie un, je ne le place dans mon "invincible bras". Tout au plus puis-je me féliciter de n'avoir jamais su où me procurer un flingue, car ce jour-là il aurait assurément aboyé, et j'aurais tâté de la paille humide. À l'ordinaire je m'en tire au baratin ("Se taper dessus? On n'est pas des bêtes! Parlons encore, ce n'est qu'un malentendu" ), céde le trottoir à la racaille d'aussi loin que je la vois arriver, craignant peu les affronts, d'ailleurs, dans la mesure où je fais plus pitié qu'envie. J'ai déambulé dans tous les quartiers chauds au plus noir de la nuit, chez les Gitans de Perpignan ou dans les cimetières du Caire, sans essuyer pire que quelques quolibets au passage, dont j'affectais de rire. SEUL. Mais dès qu'y a nana, et gironde, l'agressivité masculine (pléonasme!) est multipliée par cent. Et par mille si la poulette est considérée comme trop jeune pour le verrat qui chemine en sa compagnie, même sans la tripoter le moins du monde : MM. les Loubards ont leur morale, plutôt classique. Ils ont donc tendance à multiplier les provocations pour faire comprendre à la jouvencelle quel piètre protecteur elle s'est choisi, et à quel point elle serait mieux avec eux. Le viol brille dans leur prunelle, le verbe vole bas, et parfois le geste suit. J'ai connu de jeunes mariés qui, en Turquie, s'étaient fait violer tous deux par une bande; la femme avait assez vite repris le dessus, mais le type était effondré, et le couple n'y a pas survécu. Cette expérience m'a été épargnée (je n'ai rencontré que des Turcs charmants et hospitaliers les mêmes, qui sait?) : je n'ai pas connu pire que l'échange d'invectives, et l'humiliation de décrocher. Humilliation qui m'aurait été légère, sans ma compagne : car voici le vicelard : elle vous y expose (bien malgré elle, la pauvre) et, par son regard SUPPOSÉ, CRÉE l'humiliation.
Je ne suis pas certain qu'une femme exige toujours d'un homme "qu'avec lui, comme disait Brigitte Bardot, on se sente protégée". Mais je sais qu'il n'en est aucune avec qui je n'aie senti peser sur moi cette exigence, et la douloureuse incapacité d'y faire face. Je n'ai jamais frimé sur ce plan, et comment l'aurais-je pu, avec mes 60 kgs tout mouillé pour 1m75? Aller perdre mon temps au karaté ou à la boxe thaïlandaise? Les sauvages au front bas en ont beaucoup plus à perdre que moi, tout loisir de creuser l'écart. Cette maîtrise à la John Wayne, Jean Gabin ou Toshiro Mifune, c'est du pipeau pour troupeau de moutons, qui se fantasment tout-puissants le temps du film de 21 heures, et dont une rame de cinquante se fait dévaliser dans le métro par un seul gars armé d'un canif rouillé. Je SAIS que c'est idiot; n'empêche que je ne suis pas à l'aise en galante compagnie quand "le soir tombe sur la ville", et que ça explique pour une large part ma propension à fuir les boîtes et à traîner les filles, loin des agressions et de la concurrence, sur des sentiers de montagne où elles crachent leurs poumons et s'étiolent d'ennui
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