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Une tentative de bilan aux approches de la cinquantaine… Votre aide est souhaitée! Allez-y franco, je suis – ou me crois – invexable.

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Impossible de modifier la taille des caractères avec ma bécane du jurassique : pour un minimum de confort, il est conseillé de zoomer à 120 ou 150%.

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Lundi 14 août 2006 1 14 /08 /Août /2006 17:21
La même, pourtant. La même en bof, et presque en moche : un visage de 26 ans, irrémédiablement terni sans qu'on pût dire en quoi; des seins fondus par l'allaitement et le refus de la pilule; mais le même règne du caprice, plus absolu peut-être : impossible de tabler sur l'heure à venir. On abordait un site, elle déplorait de ne pouvoir y passer la semaine, et l'instant d'après exigeait de partir; au beau milieu d'une conversation passionnée, elle sortait "s'aérer" trois quarts d'heure, ou se mettait à lire… un de mes bouquins, l'auteur étant présent. À chaque minute se reprenant le pouls, s'interrogeant à neuf sur ce qu'elle avait envie de faire, sans ombre d'égard pour mes propres desiderata : le soir du 31 décembre, il fallait à tout prix danser; et elle n'y renonça que quand j'eus trouvé, après dix coups de fil, une feuth pour nous accueillir. Bref, intolérable, et elle m'épatait, car j'aurais tout de même attendu que l'âge et le déclin des charmes eussent un peu baptisé son pinard.
Deux jours idylliques néanmoins : comme je ne l'aimais plus, et n'envisageais la durée qu'avec une autre, ça m'amusait plutôt de me faire l'esclave de ses lubies, d'aller où il lui prenait fantaisie d'aller, de faire ce qu'elle désirait faire, en m'enquérant sans cesse si elle n'avait pas changé d'avis. D'autre part, elle avait dû en voir de dures avec des obtus et des brutes, et garder un tel souvenir de nos querelles incessantes (et, probablement, de ses torts, bien qu'elle n'en dît mot, ou affectât d'en rire) que ma tendresse pseudo-paternelle la laissait tout ébaubie : la seule chose dont elle ne se lassât pas en quatrième vitesse, c'était de se faire caresser les cheveux, la tête sur mes genoux. Enfin, si nos goûts, nos valeurs avaient divergé, si ses discours me semblaient infectés de jargon universitaire et de snobisme, son intelligence semblait refleurir à vue d'œil, elle écoutait, comprenait, accordait beaucoup, et quand elle contestait, au moins parlions-nous de la même chose.
Osmose assurément. Comme créatrice, elle était lamentable : ses aquarelles, je ne les ai pas vues, ce qui me dispense de pisser dessus; mais les musiques dont elle enduisait Baudelaire et Apollinaire appelaient les boules Quiès, et les contes qu'elle me montra, étronnés en atelier d'écriture sous la houlette d'un prof de fuck, n'allaient pas au-delà de la bonne page d'écolier ou du vagissement autothérapeutique : elle pouvait certes publier, en couchant avec un éditeur, et vendre un peu, avec de la pub, mais jamais elle n'occuperait le plus modeste strapontin dans le Lagarde et Michard du XXIème siècle. En revanche, elle avait appris l'italien en trois mois, l'arabe en six, au lit les deux, et personne jamais n'a critiqué mes bouquins avec une telle pertinence. Non seulement elle assimilait tout, mais elle vous précédait dans votre propre truc : on aurait dit qu'elle n'avait pas de pensée propre, pas d'autre ego que ses foucades. En un clin d'œil l'"âme-sœur" était renée. Seulement, je n'y croyais plus, et ça ne m'intéressait pas, car c'était l'âme-sœur de tous, tour à tour, rien de plus que votre image au miroir. Et je sentais que toutes les "idées" qu'elle avait glanées au passage subsistaient là, dans des coins sombres, se préoccupant peu de s'harmoniser entre elles, dures et isolées comme des pierres, bien qu'elle acquiesçât presque à tout. Je m'avisais que la "personnalité exceptionnelle" dont je m'étais épris était celle d'un caméléon posé sur les couleurs du compagnon du moment.
Il y a un point sur lequel elle ne pliait pas, pourtant, un point tout neuf, le refus de se connaître, voire de la lucidité , bien qu'elle prônât la "distanciation", comme si l'une était possible sans l'autre. Se connaître, travail sans fin et sans intérêt : d'abord, VIVRE. Et j'étais bien obligé de lui donner raison, car à me scruter continuellement, à quoi suis-je parvenu, sinon à affadir la vie?
Les étreintes furent minables, contraintes, sans rayonnement. C'était l'hiver, mais j'avais prévu un chauffage de fournaise : bien en vain, car elle le coupa, pour de péremptoires raisons "écologiques". Au vrai, je n'avais guère envie de faire l'amour, ce qui n'empêcha pas l'éjac précoce : me ranimer était l'affaire d'un quart d'heure de caresses, je ne suis pas encore flapi. Mais, elle qui autrefois vivait à poil semblait devenue allergique à la nudité, et se rhabilla dès le fiasco, le rendant ainsi définitif. Comme tu voudras! Je ne me plaignis du procédé qu'ultérieurement, dans un courriel, et appris par retour qu'elle ne s'était jamais "abandonnée" avec moi, que sur ce point seul il n'y avait pas eu partage, bref que comme amant je laissais beaucoup à désirer. Et c'est la seule avec qui, moi, je me sois un peu oublié! Les plus belles baises de ma vie! Un mauvais coup, donc, ce qui relativise mes élucubrations sur le plaisir féminin; et j'ai beau mettre ma vanité ailleurs, ça ne me laisse pas aussi indifférent que je le souhaiterais…
Quoi d'autre? Je laissais venir, ne cuisinais pas Nadège, et n'appris rien sur le passé, sinon qu'elle ne l'avait pas logé dans un tabernacle, et sur tous les plans, sauf celui d'une "complicité intellectuelle" dont on voit les limites, avait connu mieux depuis. Elle m'avait été "plus fidèle" qu'à la plupart des autres, ce qui laisse de la marge pour quelques dizaines de carottes. Mais elle ne me livra pas un nom : elle semblait les avoir oubliés.
Et puis j'en ai marre de cette histoire : ma narration est froide, parce qu'elle simplifie tout. Tout l'intérêt serait dans le détail, il me faudrait 500 pages pour saisir et rendre les nuances, et je crains d'avoir laissé couler trop de temps pour les ranimer. Plat, plat, plat! Allez, on ferme.
Par Alain - Publié dans : Nadège
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /Août /2006 16:41
Il serait excessif de soutenir qu'on n'aime jamais que soi, mais je reste persuadé qu'il n'y a pas d'amour sans espoir, même fantasmatique, de réciprocité : tomber dingue, à la limite, d'une actrice, sur l'écran, c'est supposer qu'une liaison serait possible si elle nous connaissait. Une fille que j'estime inaccessible, "trop bien pour moi", ne risque pas de me briser le cœur; seulement, Nadège avait été accessible, elle ne l'était plus, et l'imaginer heureuse, estimée, recherchée, partageant la couche d'individus plus reluisants que mézig, gardait la plaie ouverte : pendant sept ans, il aurait suffi d'un coup de turlu pour que je laisse tout choir pour elle, instruit pourtant du peu qu'il pouvait signifier. Non sans variations, en gros proportionnelles à mes déboires et à l'accueil que je recevais des autres : que je fusse un peu fêté, je me croyais définitivement guéri; et "pauvre cloche, tu ne feras rien de ta vie" se traduisait immanquablement par une recrudescence des douleurs de l'absence et de l'abandon. Une vraie réussite, la publication d'un livre, par exemple (j'avais déjà bien du mal à les écrire, pour personne!) m'aurait sans doute sorti de ce lac de poix; en fait, je ne cessai d'aimer Nadège qu'en entrant, sept ans plus tard, dans la galère d'aimer Sylvie, ma seconde et dernière et tout aussi décevante "âme-sœur". De toutes ces années, Nadège ne m'avait donné signe de vie; mais sur les sept, j'en avais passé six en Afrique, à remplumer mes finances, inconnu de annuaires.
"Ah distinctly I remember it was in the bleak december"… december 2000, j'étais rentré de coopé depuis seize mois, pas mécontent de retrouver le cycle des saisons, et même les hivers, auxquels je ne reproche que de durer trop longtemps : j'aime vivre à poil. Cet appel, j'avais cessé de l'attendre, et même, depuis quelque temps, de le désirer : Sylvie avait envahi tout le champ. "Allô, c'est Nadèèège… – C'est une blague?" Mais j'avais reconnu sa voix, sa moche voix gluante. Jamais je n'aurais osé "C'est Alain", crainte d'entendre : "Quel Alain?" mais elle ne doutait pas d'être toujours présente aux premières loges du souvenir. "Trop tard" me tenta, mais j'étais tout de même intéressé par ce qu'elle était devenue, et plus encore par l'élucidation de certaines énigmes du passé. Et puis, une fin de non-recevoir abrupte constituait une vengeance trop douce… Je l'incitai donc à me raconter les épisodes que j'avais manqués, ce dont elle s'acquitta sans réticence apparente : après avoir roulé sur l'or quelques années, à la remorque de son frère qui avait lancé une boîte à succès, elle était tombée dans la dèche (le frangin, roulé par son associé, se retrouvant en prison, puis S.D.F.), avait "vécu d'expédients" avec un compagnon dont elle avait (la qualité des capotes n'étant plus ce qu'elle fut) une fillette de deux ans, et dont elle s'était séparée. Elle avait "terriblement souffert" de peines d'amour, et failli mourir, assez absente de sa vie pour n'en faire aucun cas. À présent elle potassait le CAPES, écrivait un livre ("L'ardu n'est pas d'écrire. – Oh! Je connais des gens à Paris.") et me proposait deux jours ensemble en lieu de mon choix pour le changement de millénaire.
Laborieuse énumération d'affinités, et tout faux, bien sûr : ma fillette à moi avait été emportée par l'aspirateur, et celle d'un autre, je la souhaitais pou bègue; son bouquin, je demandais à voir, par politesse, mais à condition qu'elle lût les miens; quant aux "peines d'amour", elles ne pouvaient que m'exaspérer, puisque je n'en étais pas l'auteur. Elle ne me cachait d'ailleurs pas que ses amants se comptaient par centaines, et j'abhorre les traînées, surtout celles qui croient poétiser les coups de bites en les décorant de cœurs roses. Je garde mon estime à une pute qui n'a pas honte de son gagne-pain, mais "je tombe amoureuse des passants pour une heure" me flanque la gerbe.
Des "affinités", non seulement il ne restait rien, mais c'était à douter qu'elles eussent existé. Mademoiselle était "écolo", et me régalait de tirades contre les MacDo, où je n'avais jamais mis les pieds qu'avec elle, ou contre les H.L.M. : ce serait-il pas mieux si tout le monde habitait de belles villas avec jardins? Les collines couvertes de Cigalous, elle n'y avait pas pensé… Quant à l'art, elle ne jugeait plus : tout était bien, du moment qu'on "s'exprimait". Trado : si tout se valait, son bouquin non plus ne serait pas de la merde! Sa "merveilleuse intransigeance" s'était diluée dans l'eau de vaisselle. Elle s'était toujours moquée de la justice sociale; mais à présent qu'elle végétait, elle voyait des scandales partout – trouvant pourtant normal et naturel de se dégotter un appart à Paris par la Franc-Maçonnerie, dont son paternel était un membre distingué : "C'est comme ça que ça marche."
Elle avait découvert le plaisir… de bien bouffer, et de faire la cuisine. Tout juste si j'échappais à l'œnologie! Le Sport, lui, attendrait sans doute un nouveau compagnon : je ne désespérais pas de la voir porter un jour les couleurs d'un club de foot! Car ce qui m'irritait le plus sans doute, dans tous ces goûts et "opinions" dont elle aurait rougi à seize ans, c'est d'y suivre le mâle à la trace : tout cela semblait acquis au lit.
À suivre-et-fin.
Par Alain - Publié dans : Nadège
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Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /Août /2006 16:22
Finissons-en avec cette histoire et ce blog d'agglo. J'aurai au moins découvert que Nadège ne m'inspire plus : pas malheureux! Passons sur quelques mois de vie sans vivre, en dépit d'une diversion charmante : quand on me dit : "Je t'aime", j'ai pour principe de répondre : "Moi z'aussi", ou "C'est plutôt l'inverse", à moins que la déclaration n'émane d'un crapaud vraiment incomestible. Or F. (un prénom musulman trop rare pour être cité) était très mignonne, pas bête du tout, gentille au possible, et de plus vierge : les entrées au Club sont si souvent sabotées par de petites brutes qui ne voient pas au-delà de leur décharge qu'assumer les fonctions d'éveilleur me semble relever du devoir éducatif, et que même j'assouplis en ces occasions mes exigences esthétiques. Bah, au lieu d'irriter délibérément tes lectrices, tu ferais mieux d'avouer, pauvre minable, que les pucelles te mettent à l'aise, parce qu'elles n'ont pas de point de comparaison! Mouais, possible après tout… Quoi qu'il en soit, j'avais beau me battre les flancs pour me convaincre que F. avait toutes les qualités, et Nadège tous les défauts, je ne pensais à F. que quand je la voyais, et à Nadège tout le temps, même quand je voyais F.!
"Avec le temps, va, tout s'en va"… Certes. La plupart des cœurs brisés se ressoudent, on ne meurt d'amour que dans les bouquins, et je trouve que Flaubert pousse loin le romantisme quand il fait claquer Salammbô d'un sentiment qu'elle ignore elle-même! Mais le travail du deuil évoque plutôt les aiguilles de Bavella que le ballon d'Alsace : chez moi en tout cas il est péniblement irrégulier. Je me lève un matin délivré : N-I, NI! Et deux heures plus tard, come-back de la langueur, j'en bave plus qu'un mois plus tôt, et désespère : j'en ai donc jusqu'à la tombe!
Je ne crois pas que le temps agisse seul, aveugle et sourd : l'évolution du mal, du moins dans des cœurs en toc comme le mien, est étroitement corrélée aux nouvelles qu'on reçoit du Cher Objet, le moindre détail concret renfonce la saette dans la viande, surtout s'il permet l'évocation d'un bonheur ou d'une supériorité : le pire pour moi n'est peut-être pas tant d'être séparé à jamais de ma mie, que de l'imaginer se félicitant d'être débarrassée d'un boulet, volant de plaisir en plaisir et de victoire en victoire. À présent que j'ai pris de la bouteille, et mesuré l'inutilité d'infos qui ne servent qu'à en chier, je me protégerais de la vérité. Il y a 14 ans, j'aurais trouvé ça vil : sans avoir l'air d'y toucher, je me renseignais de mon mieux, et tout m'était blessure. Tout? Non : c'est avec délice que j'appris qu'elle redoublait sa khâgne. Je l'aurais voulue ruinée, nulle, misérable, exclue, méprisée, malheureuse… enlaidie? Ptêt pas quand même… et comme c'est pour absentéisme qu'elle était blackboulée, en filigrane de ses déboires scolaires se dessinaient moult plumards accueillants et les mille figures du Kama-Soutra qu'elle y exécutait même les jours ouvrables… Si j'avais pu me convaincre qu'elle était une merde et ne me méritait pas, la guérison serait survenue assez vite. Mais c'était impossible, non tant à cause de ses qualités, objectives ou imaginaires, que parce qu'elle m'avait balancé. Jeter qui veut de vous, c'est la supériorité suprême et sans réplique. Tout mal d'amour est d'abord mal d'ego. Donc, jeter le premier, dès que ça menace! Mais on remet à plus tard, à trop tard, pour saisir toutes les chances de durée…
Comme F. ne pouvait s'éloigner de sa famille qu'avec des ruses de Sioux, quelques heures par jour, et que j'étais surendetté, je ne partis pas cette année-là, et passais un été des plus mornes (rien à voir avec la sérénité grise d'aujourd'hui) lorsque je commençai à être harcelé d'appels téléphoniques muets, à l'ordinaire nocturnes : je décrochais, décochais deux "allô", et l'on raccrochait. Beaucoup de cons facétieux, quelques haineux peut-être parmi mes élèves… je signalai au plaisantin que le bigophone ne servait pas qu'à faire dring dring, qu'on pouvait parler, aussi, dans le combiné… Mais au fond je n'avais aucun doute : ô joie! je Lui manquais! elle regrettait! Ma peine s'en trouvait si allégée que du coup je n'étais plus bien sûr d'avoir envie de renouer, connaissant par expérience la proportion de galère et de bonheur de ce "grand amour"-là.
Ça dura les trois quarts de juillet, plus la moitié d'août, à raison de deux ou trois sonneries par semaine : elle ne pipait syllabe, et j'aurais préféré crever à parler le premier. Mais je dormais mieux, même en plusieurs morceaux.
Jusqu'au jour où, à la mi-août, retentit sans préparation un "Je t'aime" dans la nuit, vers trois heures du mat : son premier, et dernier. Et tout se dénoua : quatre mois qu'elle m'avait plaqué, et c'est comme si nous nous étions séparés la veille. Que nous au monde, les autres ne comprenaient pas, y avait que ça de bien dans notre vie, quand chuis loin de toi chuis loin de moi, etc. Dito jusqu'à l'aube, mon cœur débordait. Je ne lâchai le combiné que pour consulter les horaires des trains. Mais tins, zeste de prudence, à annoncer mon arrivée. Une demi-heure s'était écoulée tout au plus. Mais Nadège s'était couchée, et son sommeil, à elle, était sacré. Surtout, je me heurtai à des réticences incompréhensibles, attendu ce qui précédait. "Jsais paaas… Chcrois que ça va mieux de loin que de près… J'ai peur de m'être emballée pour rien"… Sic. Et comme j'exigeais une réponse nette : "Non, je préfère que tu ne viennes pas. De toute façon, j'ai trop à faire : je pars demain soir en Californie."
J'avais entendu le je-t'aime que j'attendais, celui que jaurais prononcé à sa place, auquel quatre mois de silence donnaient un sens fort et l'apparence d'un poids. Et ce n'était que le cri de l'instant, un jacassement insignifiant, sans passé et sans avenir.
Par Alain - Publié dans : Nadège
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Vendredi 11 août 2006 5 11 /08 /Août /2006 06:28
Quiconque a eu l'occasion de comparer, dans quelque lutte que ce soit, la fermeté féminine à l'ordinaire dégonfle masculine n'osera plus employer la stupide expression "avoir des couilles au cul", à moins de se référer à la seule agressivité. Pourtant, je suis surpris, lorsque je me balade dans les nanablogs ou dans les romans des petites Anglaises, de voir présenter les hommes, lors des fins de liaisons, comme des champions de la dérobade. Quand je romps, j'y vais franco : je parle, ou j'écris. De "Casse-toi, tu me barbes" à "La vie nous a séparés", l'éventail est ouvert, mais le sens clair. Or TOUTES les ruptures que j'ai subies, en revanche, se sont signalées par le silence, le lapin, l'abstention, et ont donné lieu à des attentes éprouvantes, c'est-à-dire au plus long des supplices. Il se peut que connaissant ma grande gueule et sachant que j'aurais le dernier mot, mes ex l'aient craint sanglant; ou qu'elles se soient imaginé préserver l'avenir en évitant de parler net. Mais je diagnostiquerais plutôt la flemme, et un manque de correction élémentaire : à quoi bon se casser à rajouter trois lignes à une page tournée? D'autant que la page ouverte accapare : quand les filles rompent, ce n'est pas pour embrasser la solitude, il y a toujours un nouveau.
J'avais espéré que Nadège ferait exception. Mais à l'échange enamouré immédiatement consécutif à nos dernières vacances (qui lui paraissaient moins loupées qu'à moi) succéda un mois et demi au cours duquel je ne reçus, en échange d'une quinzaine de lettres, que trois torchons froids. Au téléphone, j'avais été accueilli avec une gêne palpable, et m'étais promis de ne plus m'y frotter. Et je n'avais pas encore d'e-mail, heureusement pour moi, car j'ai éprouvé depuis ce que c'est que de consulter sa boîte trente fois le jour en vain. Avec le courrier traditionnel, après un pic d'angoisse et de colère au passage du facteur, on finit par s'apaiser jusqu'au lendemain… à l'ordinaire. Mais si j'aimais mal Nadège, je l'aimais trop, surtout de loin, et j'écumais à longueur de jour. Plus question de week-ends, naturellement, de demander la permission pour me la voir refusée, ou, déboulant sans préavis, de tomber sur un sourire contraint ou deux têtes émergeant des draps.
Qui n'aurait compris? Mais ça me lésait trop de comprendre, et en outre j'étais bloqué sur un caillou, ou une pépite : je lui avais prêté une brique (pas si maigre somme, à l'époque : je la gagnais à peine par mois) pour s'offrir un ordinateur, et je m'étais convaincu qu'elle n'était pas assez sordide pour rompre sans essayer de me rembourser. Est-ce que je prétendais l'emprisonner dans la Dette? – Oui, Votre Honneur, je le dis la honte au front, et double honte, car j'aurais dû saisir qu'avec une fille aussi égoïste et indépendante le Devoir sous toutes ses formes ne pouvait que se retourner contre moi. D'autres m'ont fait le coup depuis, mais pour de moindres liasses, le nombre finit tout de même par nous enseigner que M. Perrichon, c'est à peu près tout le monde : obliger, c'est se faire prendre en grippe. La reconnaissance est un fardeau dont on ne cherche qu'à s'exonérer par tous les moyens. Sans compter, ma foi, que comme je n'allais pas réclamer mon pognon, rompre lui faisait faire une fameuse économie.
Les fins de liaisons s'accompagnent toujours de cette découverte : les autres, ceux qui ne "savaient pas", avaient raison. Le mesquin, le banal, triomphent de l'indicible et du sublime. Ma mère, qui n'est pas fine, et ne connaissait de Nadège que son âge, avait tranché dès le début : "Ça lui coûtera cher, et ça ne durera pas." Ça m'a coûté cher, et ça n'a pas duré. En revanche, toutes ces merveilleuses affinités qui nous unissaient, deux-contre-tous, s'étaient comme volatilisées : c'était une pppute, une exploiteuse, une ccconne, une sssalope, une escroque, et j'en passe. Le pire, c'est que je tenais mon journal intime sur ordinateur, et y consignais des tirades enflammées, d'une hargne extrême, qui n'épargnaient même pas ses charmes physiques : du vitriol. Ayant cessé de lui écrire, j'avais besoin de me débonder quelque part.
Et, quand me parvint, à la mi-avril, l'annonce d'une visite assortie d'une demande de pardon pour "une défaillance" non précisée, je ne sais quelle mouche me piqua, mais je ne pus me tenir, pour "assainir notre relation" et jouer le jeu de la transparence, prétendument, en fait pour me venger des affres de l'attente, d'envoyer à Nadège, par retour, un tirage de ces pages abominables, que je croyais rédimées par l'évidence omniprésente que j'étais perdu sans elle, et ne la lacérais que par dépit : le seul fait de l'aimer servirait d'excuse à tous les noms d'oiseaux dont je l'affublais, et qui n'étaient que trop justifiés par ce qu'elle m'avait fait souffrir. Le croyais-je vraiment, ou allais-je sciemment à l'abîme? Que je l'aimasse ou non, elle s'en fichait, je suppose, elle n'avait pas donné un neurone à des angoisses qui n'étaient pas les siennes, et fut probablement outrée de cette agression, laquelle, en tout cas, resta sans réponse. Nul ne se pointa le week-end pour lequel ele m'avait annoncé son arrivée, et comme j'avais eu le mauvais goût de conclure mon brûlot par : "Si tu ne viens pas, je me tue", j'avalai le dimanche soir un cocktail médicamenteux qui me procura 48 heures de sommeil, 15 jours d'incapacité de travail, et les troubles du raisonnement dont on peut constater ici les séquelles.
À suivre…
Par Alain - Publié dans : Nadège
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Mardi 8 août 2006 2 08 /08 /Août /2006 13:33
Une fin lamentablement banale. Après son Bac (mention TB), un avortement clandestin et un juillet de séparation, nous partîmes vadrouiller tout août en Italie – sous tente, car je n'avais plus un rond, et je préfère omettre ce motif de discorde, dont il n'a jamais été fait état. La destination était mal choisie : nous n'aimions ni l'un ni l'autre la chaleur ni la foule; mais je jouais perdant, tout en voulant croire à la durée, et espérais, dans l'esprit de Nadège, associer "Alain S." aux lieux magiques qu'elle aurait découverts en sa compagnie, et dont l'Italie est plus fertile qu'aucun autre pays… sauf la France, peut-être, mais la distance manque pour en juger.
Nous nous querellâmes somme toute assez peu pendant cette virée : pas plus de trois ou quatre fois par semaine. Mais les élans d'union étaient, eux aussi, attiédis : nous devenions un couple, d'accord sur presque tout, mais sans surprise. Aucun étranger n'aurait pu comprendre nos échanges, mais ils nous apparaissaient banals, et, dix fois le jour, ma pensée volait vers une mignonne touriste à peine entrevue, avec qui tout était à faire : je suppose que ma mie n'était pas en reste, mais nous étions aussi jaloux l'un que l'autre : tromper, pas de problème, pour personne. Mais être trompé, ah non!
L'avorteur lui avait conseillé deux mois d'abstinence, et nous ne suivîmes pas son conseil trois jours; mais des irritations obligèrent Nadège à consulter, dans un minuscule hôpital, et les entorses à la chasteté se firent rares. Ça fait m'as-tu-vu, mais c'est la vérité : elle semblait en souffrir plus que moi.
Le plus grave, je crois, c'est que le camping sauvage nous contraignait à adopter mes rythmes : lever vers 5 heures du mat, et trois heures bénies, sans un autre touriste : seuls au Colisée! à Assise! à Agrigente! Ça lui plaisait aussi; mais nettement moins de se coucher avec les poules, à l'heure où la "vraie vie" commence, dans les boîtes et les troquets. Elle roupillait dans la bagnole, pendant que je conduisais, et le soir, elle était d'une vitalité d'enfer, qui fut bien rarement satisfaite, et au prix de mauvaises nuits : car il est ardu de trouver un bon coin dans l'obscurité.
Ce qui me fut fatal, peut-être (cf. plus tard) ce fut de laisser entrevoir à quel point j'étais peu débrouillard : sur ce plan, cinquante voyages ne m'ont rien appris. Les commerçants me carottent, on me resquille dans les queues, s'il y a un seul connard debout dans le bus ou le bateau, c'est mézig, et je ne faisais même pas l'effort de le cacher, car j'étais crevé à plein temps, ne dormant pour ainsi dire pas. De plus, je suis nul à chier en langues, et Nadège, qui en parlait quatre à la perfection (elle apprendrait plus tard l'italien, atteignant en trois mois à une maîtrise qu'en quarante ans je suis loin d'avoir égalée) se payait la tronche de mon accent à longueur de jour. Je me souviens d'une scène honteuse dans une banque, à Milazzo, où je ne réussis pas à changer du pognon, et sortis presque en sanglots : elle s'en chargea, et c'en fut fait en cinq secs. Et peu à peu elle se chargea de TOUT le struggle for life : je crois que ça l'a marquée, qu'on ne puisse pas s'appuyer sur moi.
Mais je ne sais pas pourquoi j'insiste sur ce voyage, puisqu'il fut suivi de lettres et de coups de fil enamourés. Ce qui a joué surtout, c'est le tout bête "loin des yeux, loin du cœur" et sans doute la richesse unilatérale du choix. Elle se retrouva à la rentrée à Paris, inscrite par inadvertance en khâgne "scientifique", avec maths, où elle était piètre, et sciences éco, dont elle ignorait tout. Or l'émulation, loin de la stimuler, la terrassait. Et je ne pouvais lui être d'aucun secours! Au contraire, je lui bouffais du temps, en montant chaque week-end partager sa chambrette. Sans moi, elle n'aurait pas bossé davantage, je présume; mais je me sentais coupable. Et de plus en plus importun. Et complètement épuisé : je ne fichais plus rien. Personne ne voyait la différence, mais quand même.
J'espaçai aux quinzaines : elle n'attendait que ça, je pense. Nos vacances de la Toussaint ne concordaient pas, et je pris sur moi de n'y pas aller. Elle aussi "prit sur elle"… Hum! On était déjà dans le rouge. Je lui écrivais trois ou quatre tartines par semaine, et les réponses étaient de plus en plus rares et courtes. Je me demande même si elle lisait tout. Je n'osais plus téléphoner, après deux ou trois impressions très nettes de déranger. Et je lui reprochais sans cesse de m'oublier, ce qui est le premier truc à éviter.
Elle changeait, se détachait. Elle me parlait de "mon système", sans pouvoir en préciser les limites, mais comme s'il n'avait pas été le sien, s'il n'avait pas été une simple recherche de la vérité. Marginalisée par un carton (ils pleuvaient dru) elle me revenait; mais un éloge, une bonne note me l'aliénaient : en somme c'était moi ou les autres; et elle ne se rabattait sur moi que si la réussite sociale se dérobait.
Les corps! Les corps, merde! Je ne tutoie pas les anges, mais reste persuadé que l'essentiel n'était pas là. Me fut-elle fidèle trois jours? Jusqu'à la Toussaint? Noël? Les revenez-y tendres provenaient peut-être de déceptions apportées par les autres. De toute façon, je ne voulais pas confisquer sa jeunesse, et je SAVAIS qu'il fallait d'abord la perdre, et qu'elle jetât sa gourme, si je voulais la retrouver un jour – très improbable au demeurant. Je regardais photos et lettres, et me persuadais que même fini, c'était très beau… mais remettais opiniâtrement la rupture au lendemain, comprenant bien, pourtant, qu'elle serait dix fois moins douloureuse si j'opérais moi-même.
Le pire, c'est que nos revoirs n'étaient pas rayonnants. Nous passâmes Noël ensemble à Porquerolles, et elle m'exaspéra presque tous les jours. Je ne sentais plus mon amour que de loin. J'étais arrivé au second stade de la chnouf, où le plaisir à fui, et où il ne reste plus que le manque.
Par Alain - Publié dans : Nadège
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